Chirurgies maxillo-faciales: Comprendre et traiter les tumeurs buccales chez le chien et le chat
Rédigé par: Dr. Constance ORBAN et Dr. Martin HAMON
Dernière mise à jour : Décembre 2025
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De quoi s’agit-il ?
Les chirurgies maxillo-faciales permettent de traiter un large éventail d’affections allant des fractures de la mâchoire, à l’exérèse de tumeurs ou encore à la correction d’anomalies congénitales. Nous nous concentrerons ici sur les tumeurs de la cavité buccale qui représentent une part importante des pathologies nécessitant une intervention spécialisée.
Ces tumeurs peuvent se développer au niveau des tissus mous (gencives, langue, palais, joue…) ou au niveau des tissus durs (os mandibulaire ou maxillaire, cavité nasale). Leur comportement est souvent localement agressif, avec une tendance à infiltrer les tissus environnants. Sur le plan clinique, elles peuvent entraîner des douleurs, des saignements spontanés, une halitose marquée liée à l’ulcération des tissus, ainsi que des difficultés à s’alimenter.
Chez le chien, les tumeurs les plus souvent rencontrées sont :
• le mélanome malin,
• le carcinome épidermoïde,
• le fibrosarcome.
Chez le chat, le carcinome épidermoïde et le fibrosarcome reste de loin les tumeurs buccales les plus fréquentes.
La plupart des chats et des chiens opérés d’une chirurgie maxillo-faciale présentent d’excellents résultats fonctionnels, avec un retour rapide à une alimentation normale.
Comment les diagnostiquer ?
Le diagnostic commence par un examen clinique approfondi de la cavité buccale.
En cas de suspicion de tumeur, un scanner du crâne ainsi qu’un scanner thoracique sont généralement réalisés. Le scanner thoracique a pour objectif d’écarter la présence de métastases pulmonaires éventuelles. Une évaluation des ganglions lymphatiques régionaux est également effectuée afin d’identifier le ganglion sentinelle. Cela inclut une ponction à l’aiguille fine des ganglions concernés pour exclure d’éventuelles métastases régionales. Enfin, le scanner du crâne permet de préparer et de planifier l’intervention chirurgicale.
Une biopsie de la masse est également effectuée afin de déterminer sa nature et de donner le pronostic.


Scanner (image transversale + reconstruction 3D) d’un bouledogue Français présentant un carcinome à cellules squameuses au niveau de la mandibule.
Quelles sont les options thérapeutiques ?
1) La chirurgie
Si l’exérèse complète de la tumeur est réalisable, la chirurgie constitue généralement le traitement de choix, offrant les meilleures chances de contrôle local de la maladie. Selon la localisation et l’agressivité de la lésion, l’intervention peut aller d’une simple ablation d’une masse superficielle à une résection beaucoup plus étendue impliquant parfois une mandibulectomie ou une maxillectomie
2) La reconstruction
Lorsque la chirurgie compromet la stabilité ou la fonction de la mâchoire, une reconstruction peut être envisagée afin de restaurer au mieux l’appui occlusal et la symétrie faciale. Selon l’étendue de la résection, celle-ci peut faire appel à des plaques de stabilisation, des implants ou des techniques de comblement visant à soutenir la régénération osseuse et à limiter les déformations postopératoires. Ces dispositifs contribuent à réduire les complications mécaniques, comme les déviations mandibulaires ou les difficultés de préhension, et favorisent la cicatrisation en limitant les tensions sur les tissus mous.
3) La radiothérapie et la chimiothérapie
Selon le type de tumeur et son agressivité, la radiothérapie ou la chimiothérapie peuvent être utilisées en complément ou en remplacement dans le cas où l’intervention chirurgicale n’est pas possible.

Qu’en est-il du suivi et du pronostic ?
La prise en charge post-opératoire inclut généralement un traitement anti-inflammatoire pour contrôler la douleur et l’inflammation locale. Il est souvent recommandé d’administrer une alimentation molle pendant environ 15 jours afin de réduire les contraintes mécaniques exercées sur les tissus opérés et de favoriser une cicatrisation optimale. Un examen de contrôle est programmé deux semaines après la chirurgie pour évaluer la cicatrisation, vérifier l’absence de complications et ajuster le protocole thérapeutique si nécessaire.
Les complications postopératoires les plus fréquentes sont l’œdème de la face, le ptyalisme et la déhiscence de la plaie. Elles sont le plus souvent bénignes et transitoires.
Le pronostic dépend du type de tumeur et de la possibilité d’obtenir une résection complète. Une détection précoce améliore nettement le pronostic et la durée de survie.
Même dans les cas de tumeurs agressives, un suivi rigoureux, associé à une approche thérapeutique personnalisée, permet de maintenir une très bonne qualité de vie.
Sources Scientifiques
- Cray, M., Selmic, L. E., Kindra, C., Abrams, B., Story, A., Hovis, K., … & Wustefeld-Janssens, B. (2021). Analysis of risk factors associated with complications following mandibulectomy and maxillectomy in dogs. Journal of the American Veterinary Medical Association, 259(3), 265–274. DOI : 10.2460/javma.259.3.265
- Liptak, J. M., Thatcher, G. P., Mestrinho, L. A., Séguin, B., Vernier, T., Martano, M., … & Selmic, S. E. (2021). Outcomes of cats treated with maxillectomy: 60 Cases. A Veterinary Society of Surgical Oncology Retrospective Study. Veterinary and Comparative Oncology, 19(4), 641–650. DOI : 10.1111/vco.12634
- Bull I., Ziener ML, Storli SH, Arendt ML. Quality of Life After Partial Mandibulectomy or Maxillectomy in 45 Dogs With Oral Tumors. Journal of Veterinary Dentistry. 2023; 40(4):329–337. doi: 10.1177/08987564231164483.
