La dermatite atopique canine (DAC)
Rédigé par : Dr. Mathilde MARCIL et Dr. Jérôme NGO
Dernière mise à jour : Décembre 2025
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Qu’est-ce que la dermatite atopique ?
La dermatite atopique canine est une maladie inflammatoire et chronique de la peau, d’origine génétique, caractérisée par un défaut de la barrière cutanée qui rend la peau plus fragile et perméable, ainsi que par une prédisposition à réagir de manière excessive à des allergènes environnementaux courants (principalement acariens et pollens).
C’est une cause fréquente de démangeaison chez le chien.
Chez le chien, certaines races présentent une sensibilité accrue au développement de dermatite atopique.
Les races les plus souvent observées en consultation sont le Bouledogue français, le Bouledogue anglais, le Golden retriever, le Labrador, le Berger allemand, le West Highland white terrier, le Shar-peï et le Boxer.
D’autres races comme le Carlin, le Teckel, le Boston terrier ou encore le Setter irlandais sont également touchées.
Quels sont les signes clinique?
Les signes cliniques apparaissent généralement entre 6 mois et 3 ans. Les signes les plus courants sont des démangeaisons persistantes, localisées sur :
- Le museau et autour des yeux,
- Les pattes (doigts, coussinets),
- Les oreilles,
- L’aine, les plis des coudes, les aisselles, le ventre,
- Parfois la région anale.
Une peau atopique va avoir tendance à plus facilement développer des infections avec des bactéries et des levures. On peut donc fréquemment observer des lésions cutanées associées à ces infections comme : des croûtes, des boutons, des suintements (signes de pyodermite), parfois une « peau d’éléphant » (appelée lichénification) ainsi que des otites récurrentes.
Le principal diagnostic différentiel de ces démangeaisons reste l’allergie alimentaire, qui peut produire exactement le même tableau clinique. Dans environ 20 à 30 % des cas, une allergie à un aliment s’accompagne également de troubles digestifs comme de la diarrhée, des flatulences ou des vomissements intermittents, ce qui peut aider à orienter le diagnostic.


Comment arriver au diagnostic de DAC?
Le diagnostic repose sur plusieurs éléments :
- Le signalement (âge d’apparition, race)
- Les signes cliniques observés et leurs localisations
- L’exclusion d’autres causes (puces, gale sarcoptique, infections, troubles hormonaux…)
L’étape suivante consiste à déterminer si une allergie alimentaire est à l’origine du problème. Pour cela, un régime d’éviction strict à l’aide d’un régime hypoallergénique adapté d’au moins 8 semaines est indispensable. Si les démangeaisons diminuent nettement au cours de cette période, une composante alimentaire est fortement suspectée. Pour la confirmer, des provocations alimentaires sont réalisées : les aliments sont réintroduits un à un afin d’identifier celui ou ceux qui déclenchent à nouveau les symptômes. Il n’existe aujourd’hui aucun test sanguin, cutané ou salivaire capable de diagnostiquer une allergie alimentaire chez le chien.
En cas d’absence d’amélioration pendant le régime, la piste de l’allergie environnementale sera alors retenue. Des tests allergologiques pourront ensuite être proposés en fonction de votre motivation et des besoins de votre animal. Ils peuvent prendre la forme de tests cutanés ou de tests sanguins ; la combinaison des deux offre généralement l’évaluation la plus précise pour préparer une désensibilisation adaptée.
Pour plus d’infos, n’hésitez pas à prendre rendez-vous ou contacter notre équipe : dermatologie@caladrius.vet
Quels sont les options thérapeutiques ?
La dermatite atopique canine ne se guérit pas, mais elle peut être contrôlée grâce à une approche personnalisée et combinée.
1. TRAITEMENTS SYMPTOMATIQUES
Ces traitements ont pour objectif principal de diminuer les démangeaisons et l’inflammation afin d’apporter, et ce rapidement, du confort à l’animal. Plusieurs options existent et sont choisies en fonction de la sévérité des symptômes et de la réponse de chaque chien. Les molécules les plus utilisées sont :
- Les corticostéroïdes de manière ponctuelle et en cas de grosse crise
- Les JAK inhibiteurs (Apoquel®, Zenrelia®, Numelvi®)
- Les anticorps monoclonaux anti-IL-31 (Cytopoint®)
- La ciclosporine
Leur rôle est de soulager rapidement l’animal et de stabiliser la maladie en évitant au maximum les effets secondaires possibles.
2. GESTION DE LA SURINFECTION
La peau atopique est plus fragile et sujette aux infections bactériennes ou fongiques. Lorsqu’une pyodermite, une dermatite à Malassezia ou une otite est présente, un traitement spécifique est nécessaire : antiseptiques voire antibiotiques locaux ou généraux, antifongiques, nettoyants ou traitements auriculaires adaptés… Le contrôle des surinfections est essentiel, car elles amplifient nettement les démangeaisons et peuvent rendre les traitements anti-allergiques beaucoup moins efficaces.
3. MAINTIEN DE L’HYGIENE CUTANÉE PAR LA RESTAURATION DE LA BARRIERE CUTANÉE
Des soins réguliers de la peau permettent de renforcer la barrière cutanée et de limiter les poussées. Ils reposent sur l’utilisation de shampoings doux (voire antiseptique dans certains cas), émollients ou hydratants, de lotions nettoyantes, ainsi que de compléments en acides gras essentiels. Ces soins améliorent le confort de l’animal et réduisent la fréquence des infections secondaires.
4. TRAITEMENT DE LA CAUSE DE L’ALLERGIE : LA DESENSIBILISATION
La désensibilisation, également appelée immunothérapie, est le seul traitement qui agit directement sur la cause de l’allergie environnementale. Elle consiste à administrer régulièrement de très faibles doses des allergènes identifiés afin d’habituer progressivement le système immunitaire et de réduire sa réaction excessive. Ce traitement est sûr, bien toléré et s’inscrit dans une approche à long terme. Lorsqu’elle est bien suivie, la désensibilisation permet souvent de diminuer la fréquence des poussées et de réduire la dépendance aux traitements symptomatiques.


Quel est le pronostic ?
La dermatite atopique est une maladie chronique, mais elle n’engage pas le pronostic vital. Avec un suivi régulier et un traitement bien ajusté, la majorité des chiens vivent confortablement et retrouvent une très bonne qualité de vie.
La prise en charge repose sur un suivi à long terme, construit avec votre vétérinaire généraliste et votre dermatologue, adapté en fonction de chaque animal, et ajusté au fil des saisons ou des poussées.
Sources Scientifiques
- Olivry T, DeBoer DJ, Favrot C, Jackson HA, Mueller RS, Nuttall T, Prélaud P. Canine atopic dermatitis: detailed guidelines for diagnosis and allergen identification. Veterinary Dermatology. 2015;26(1):1–29.
- Marsella R, Nuttall T. Update on the role of genetic factors, environmental factors and allergens in canine atopic dermatitis. Veterinary Dermatology. 2024;35(1):15-24.
- Olivry T, Saridomichelakis MN, Nuttall T, Bensignor E, Griffin CE, Hill PB. Treating canine atopic dermatitis: 2015 updated guidelines.Veterinary Dermatology. 2015;26(3):163–168.
