La péritonite infectieuse féline (PIF): une maladie complexe, mais désormais traitable.

Rédigé par: Dr. Anne COUSSEINS et Dr. Emilie VANGRINSVEN
Dernière mise à jour : Mai 2026
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Qu’est-ce que la péritonite infectieuse féline ?

La péritonite infectieuse féline (PIF) est causée par une mutation du coronavirus félin (FCoV), un virus largement répandu chez les chats. Ce virus (FCoV) est hautement contagieux et se transmet essentiellement par la voie oro-fécale, ce qui explique sa forte prévalence dans les environnements abritant plusieurs chats, tels que les élevages de chats ou les refuges.

Chez la plupart des chats, le FCoV reste bénin et ne provoque aucun signe clinique. Certains peuvent présenter une diarrhée ou des vomissements légers et transitoires, et plus rarement, la diarrhée peut persister plusieurs semaines ou mois. Mais chez une minorité de chats, le virus subit des mutations modifiant son tropisme cellulaire : il cesse d’infecter les cellules épithéliales intestinales pour envahir les monocytes/macrophages, cellules clés de l’immunité, et se disséminer dans tout l’organisme : c’est le passage à la forme pathogène dite PIF (Tasker et al., 2023, Thayer et al., 2022).

Épidémiologie : quels sont les chats touchés ?

Les chats de toutes races et de tous âges peuvent développer une PIF.

Elle est toutefois plus fréquente chez les chats de race, en particulier les Bengals, les Birmans et les Abyssins selon certaines études, et chez les jeunes chats de moins de deux ans. Certaines études rapportent également une prédisposition des mâles par rapport aux femelles. (Tasker et al., 2023, Thayer et al., 2022).

Quel est la présentation clinique ?

Les signes généraux sont souvent non spécifiques, comprenant un abattement, une anorexie, une perte de poids (ou un retard de croissance chez le chaton), un ictère (= coloration jaune des muqueuses et de la peau) et une fièvre intermittente, résistante aux antibiotiques (Tasker et al., 2023, Thayer et al., 2022). On distingue traditionnellement deux formes, qui peuvent co-exister :

– La forme « humide », la plus courante, se caractérise par une accumulation de liquide riche en protéines dans l’abdomen (ascite), la cavité thoracique (épanchement pleural) et/ou plus rarement dans la cavité péricardique (épanchement péricardique). Les chats peuvent présenter une distension abdominale ou une détresse respiratoire selon la localisation de l’épanchement.

– La forme « sèche » entraîne des lésions granulomateuses dans divers organes : yeux, cerveau, foie, reins, intestins, nœuds lymphatiques mésentériques… Les signes dépendent alors des organes atteints : signes neurologiques (ataxie, convulsions, syndrome vestibulaire central), oculaires (uvéite avec une modifications de la couleur de l’iris, opacification de la chambre antérieure, des précipités kératiques…), digestifs (vomissements, diarrhées), etc…

Comment établir un diagnostic de PIF ?

Le diagnostic de la PIF reste un véritable défi, car les signes cliniques sont peu spécifiques et variés. La confirmation définitive de la PIF repose sur l’examen histopathologique des tissus, associé à la détection du virus au sein des lésions grâce à une technique spécifique : l’immunohistochimie. Cependant, cet examen n’est pas pratiqué en routine, le diagnostic repose alors sur une approche multimodale, associant anamnèse, examen clinique, bilan sanguin, analyse d’épanchement (si présent), imagerie, et tests PCR pour détecter l’ARN du FCoV sur l’épanchement ou les tissus affectés. Certaines PCR peuvent aussi détecter des mutations spécifiques du virus, retrouvées chez certains chats atteints de la PIF. La recherche de ces mutations augmente légèrement la spécificité du test, c’est-à-dire sa capacité à confirmer la maladie, mais elle peut en réduire la sensibilité, c’est-à-dire sa capacité à détecter tous les chats réellement atteints (Tasker, 2018). Pour ces raisons, cette analyse n’est pas réalisée de manière systématique.

Parmi les caractéristiques biologiques fréquemment observées chez les chats atteints de PIF figurent (Tasker et al., 2023, Thayer et al., 2022) :

– Une hyperglobulinémie associée à une hypoalbuminémie, avec un rapport albumine/globulines (A/G) inférieur à 0.6, voire < 0.4 ; une anémie non régénérative, une lymphopénie, une neutrophilie modérée et parfois une hyperbilirubinémie ;

– Une élévation marquée des protéines totales dans les épanchements, souvent accompagnée d’une inflammation pyogranulomateuse à la cytologie, le liquide étant typiquement jaune et visqueux ;

– Une augmentation de l’alpha-1-glycoprotéine acide (AGP) ou de la protéique sérique amyloïde A (SAA), deux protéines de phase aiguë reflétant une inflammation systémique importante.

Ces éléments, bien qu’aucun ne soit spécifique de façon isolée, peuvent orienter le diagnostic lorsqu’ils sont interprétés conjointement dans un contexte clinique compatible.

FIG 1. Cytologie d’un épanchement pleural pyogranulomateux chez un chat ayant la PIF

Quel est le traitement de la PIF ?

Jusqu’à récemment, la PIF était incurable : seules des mesures palliatives (prednisolone, traitements de soutien) prolongeaient la survie de quelques semaines/mois. Depuis quelques années, plusieurs antiviraux ont révolutionné la prise en charge de la PIF, avec en tête le GS-441524. Le remdesivir, pro-médicament du GS-441524 et le molnupiravir, ont également montré un certain intérêt, bien que les données en médecine vétérinaires restent plus limitées.

Le GS-441524 est aujourd’hui considéré comme le traitement de référence de la PIF. Initialement disponible uniquement sous forme injectable via des circuits parallèles, il est désormais accessible légalement en France sous forme orale.

Une étude récente a montré qu’un protocole oral de 42 jours pouvait être aussi efficace que le schéma standard de 84 jours chez des chats atteints de la forme humide de la PIF (Zuzzi-Krebitz et al., 2024). Cependant, cette étude est la seule à avoir évalué un protocole aussi court ; ainsi, la durée recommandée et la plus largement utilisée reste de 84 jours. Chez les chats présentant des atteintes oculaires ou neurologiques des dosages plus élevés sont généralement recommandés (Tasker et al., 2023).

Quel est le pronostic ?

Dans les études portant sur l’utilisation de préparations variées, confirmées ou supposées contenir du GS-441524, utilisées seules ou en association avec du remdesivir, les taux de survie sont globalement élevés, au-dessus des 80 % (Pedersen et al., 2019 ; Jones et al., 2021 ; Krentz et al., 2021 ; Taylor et al., 2023 ; Green et al., 2023). La majorité des chats présentent une amélioration clinique rapide dans les premiers jours suivant le début du traitement, avec une disparition progressive de la fièvre, une reprise de l’appétit, une amélioration de l’état général et une réduction de la quantité d’épanchement lorsqu’il est présent (Jones et al., 2021 ; Krentz et al., 2021 ; Green et al., 2023 ; Zuzzi-Krebitz et al., 2024). Dans ce contexte globalement favorable, certaines présentations cliniques demeurent néanmoins de moins bon pronostic, en particulier les formes neurologiques. Une étude a ainsi mis en évidence que les chats atteints de signes neurologiques avaient un pronostic plus réservé, ces signes étaient plus souvent observés chez les chats qui n’ont pas survécu que chez les chats ayant survécus (Katayama & Uemura, 2023).

Les récidives, quant à elles, surviennent dans 0 à 30 % des cas, en fonction du protocole utilisé, de la dose initiale, et de la forme clinique. Elles répondent dans la grande majorité des situations à une augmentation de la dose ou à une reprise du traitement (Pedersen et al., 2019 ; Jones et al., 2021 ; Krentz et al., 2021 ; Taylor et al., 2023 ; Zwicklbauer et al., 2023).

En conclusion

La PIF reste une maladie complexe, aux signes souvent multiples et peu spécifiques, ce qui fait de son diagnostic un véritable challenge encore aujourd’hui. Cependant, les avancées récentes, en particulier l’usage du GS-441524, offrent désormais de réelles perspectives de traitement et de guérison pour de nombreux chats. Les études étant encore récentes, le recul à long terme reste limité, en particulier concernant d’éventuelles rechutes tardives.

Points Clés

– La PIF présente des signes multiples et peu spécifiques, rendant le diagnostic parfois complexe.

– Les antiviraux, notamment le GS-441524, ont révolutionné la prise en charge, avec des taux de survie dépassant 80% dans de nombreuses études.

– Le traitement est désormais disponible légalement en France sous forme orale, avec un protocole standard de 84 jours.

– Les formes neurologiques sont de pronostic plus réservé, nécessitant souvent des doses ajustées.

– Les rechutes restent possibles mais répondent généralement à une augmentation de la dose ou à une reprise du traitement.

– Avec une prise en charge adaptée, la majorité des chats peuvent aujourd’hui guérir et retrouver une vie normale.

Sources Scientifiques

  1. Green, J., Syme, H., & Tayler, S. (2023). Thirty‐two cats with effusive or non‐effusive feline infectious peritonitis treated with a combination of remdesivir and GS‐441524. Journal of Veterinary Internal Medicine, 37(5), 1784-1793. https://doi.org/10.1111/jvim.16804
  2. Jones, S., Novicoff, W., Nadeau, J., & Evans, S. (2021). Unlicensed GS-441524-Like Antiviral Therapy Can Be Effective for at-Home Treatment of Feline Infectious Peritonitis. Animals, 11(8), 2257. https://doi.org/10.3390/ani11082257
  3. Katayama, M., & Uemura, Y. (2023). Prognostic Prediction for Therapeutic Effects of Mutian on 324 Client-Owned Cats with Feline Infectious Peritonitis Based on Clinical Laboratory Indicators and Physical Signs. Veterinary Sciences, 10(2), 136. https://doi.org/10.3390/vetsci10020136
  4. Krentz, D., Zenger, K., Alberer, M., Felten, S., Bergmann, M., Dorsch, R., … Hartmann, K. (2021). Curing Cats with Feline Infectious Peritonitis with an Oral Multi-Component Drug Containing GS-441524. Viruses, 13(11), 2228. https://doi.org/10.3390/v13112228
  5. Pedersen, N. C., Perron, M., Bannasch, M., Montgomery, E., Murakami, E., Liepnieks, M., & Liu, H. (2019). Efficacy and safety of the nucleoside analog GS-441524 for treatment of cats with naturally occurring feline infectious peritonitis. Journal of Feline Medicine and Surgery, 21(4), 271-281. https://doi.org/10.1177/1098612×19825701
  6. Tasker, S. (2018). Diagnosis of feline infectious peritonitis : Update on evidence supporting available tests. Journal Of Feline Medicine And Surgery, 20(3), 228 243. https://doi.org/10.1177/1098612×18758592
  7. Tasker, S., Addie, D. D., Egberink, H., Hofmann-Lehmann, R., Hosie, M. J., Truyen, U., … Hartmann, K. (2023). Feline infectious peritonitis: European Advisory Board on Cat Diseases guidelines. Viruses, 15(9), 1847. https://doi.org/10.3390/v15091847
  8. Taylor, S. S., Coggins, S., Barker, E. N., Gunn-Moore, D., Jeevaratnam, K., Norris, J. M., … Tasker, S. (2023). Retrospective study and outcome of 307 cats with feline infectious peritonitis treated with legally sourced veterinary compounded preparations of remdesivir and GS-441524 (2020–2022). Journal of Feline Medicine and Surgery, 25(9), 1098612X231194460. https://doi.org/10.1177/1098612×231194460
  9. Thayer, V., Gogolski, S., Felten, S., Hartmann, K., Kennedy, M., Olah, G. A., et al. (2022). 2022 AAFP/EveryCat Feline Infectious Peritonitis Diagnosis Guidelines. Journal of Feline Medicine and Surgery, 24(9), 905–933. https://doi.org/10.1177/1098612X221118761
  10. Zuzzi-Krebitz, A., Buchta, K., Bergmann, M., Krentz, D., Zwicklbauer, K., Dorsch, R., … Hartmann, K. (2024). Short Treatment of 42 Days with Oral GS-441524 Results in Equal Efficacy as the Recommended 84-Day Treatment in Cats Suffering from Feline Infectious Peritonitis with Effusion—A Prospective Randomized Controlled Study. Viruses, 16(7), 1144. https://doi.org/10.3390/v16071144
  11. Zwicklbauer, K., Krentz, D., Bergmann, M., Felten, S., Dorsch, R., Fischer, A., … Hartmann, K. (2023). Long-term follow-up of cats in complete remission after treatment of feline infectious peritonitis with oral GS-441524. Journal of Feline Medicine and Surgery, 25(8), 1098612X231183250. https://doi.org/10.1177/1098612×231183250

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